« Miksbabililo », la roue des mots en espéranto

Raymond SANQUER est né le 31 mars 1927 à Nantes. Ajusteur, il travaille en usine en région parisienne et finit sa carrière en 1987 comme contremaître chez l’Oréal.

Clément Bosqué a appris l’espéranto très jeune, avec son grand père, Raymond Sanquer. Celui-ci a accepté que les Cahiers publient la « roue des mots », outil qu’il a fabriqué pour ses petits enfants.

Clément Bosqué revient avec lui sur cette expérience d’une langue « fabriquée ».

– Quand et par qui t’es-tu intéressé à l’espéranto ?

J’avais dix ans à peu près. Ce n’est pas une personne en particulier qui m’y a initié, c’était dans l’air du temps, lié à certaines idées.

– Mais toi, c’est plutôt la langue qui t’a fasciné.

Oui. Exactement. L’outil.

– Te dis-tu espérantiste ou espérantophone et quelle a été ta pratique ?

En tout cas, pas espérantiste : je n’ai jamais voulu adhérer à un groupe militant, je voulais garder mon indépendance d’esprit.

– Les symboles sont-ils importants à tes yeux ? Je pense à « la verda stelo », ou encore à l’hymne…

Oh, pas beaucoup, non. J’ai quand même toujours la petite étoile.

– Certains espérantophones utilisaient le Pasporta Servo (sorte de guide du routard communautaire des espérantophones permettant de loger gratuitement chez l’habitant). Pas toi ?

Tu sais, la vie ne permet pas toujours de réaliser ce qu’on imaginé, mais j’ai voyagé autrement, par l’esprit.

– C’est vrai, j’ai toujours vu ici des numéros d’un magazine appelé El Ĉina Popolo.

MiksbabililoOui, j’étais abonné. Sais-tu que les Chinois sont beaucoup plus nombreux et soutenus dans leur apprentissage de l’espéranto que nous ? Et puis le magazine montrait que les Chinois avaient, au quotidien, les mêmes problèmes que nous, finalement.

Peux-tu nous dire quelques mots en espéranto ?

Je vais vous lire quelques proverbes.

« Kio estas via laboro, tia estas via valoro » (Lafonteno). « Kia arbo, tia frukto » (Evangelio). « Kiu ne riskas, tiu ne gajnas ». « Pli bona estas malgranda ‘jen prenu’ ol granda morgaŭ venu ». « Mi lavas al mi la manojn » (Poncio Pilato). « Mi pensas, do mi ekzistas ». D’un certain « Kartezio ».

Aulnay-sous-Bois-20130401-00191Même Michaël, qui est venu te photographier, les comprend : c’est une langue magique. Comment la qualifies-tu, toi, une langue  imaginaire, une langue fabriquée…

Le mot qu’on entend, c’est « artificiel » !

et pourtant elle existe. Elle est bien réelle. Tu nous en as enseigné les bases, à ma sœur et moi. Je me souviens de La Eta Birdo, les aventures de Johano kaj Johanino… et même Asteriks et Tinĉjo.

Ce qui m’a frappé, c’est la vitesse à laquelle vous l’avez appris et combien ça vous intéressait. L’espéranto est incroyable d’intérêt pour les enfants. On peut inventer des mots, bricoler. Par exemple, en français il n’y a pas un mot simple pour dire « pour toutes les raisons imaginables ». En espéranto, on a « ĉial », de « ĉi » (toute) et –ial (la raison). C’est magique ! Magique et logique. Tout se combine et tout est simple.

C’est magique ! Magique et logique. Tout se combine et tout est simple.

Regardez cette roue. J’ai repris l’idée à un bonus publicitaire en carton fabriqué par Ducros. À chaque nom d’herbe ou d’aromate sur un disque correspondait une recette sur l’autre. Je m’en suis inspiré pour fabriquer celle-ci. On pourrait en fabriquer d’autres sur le même principe. Par exemple, en fonction du langage propre à chaque métier. On pourrait se comprendre d’une langue à une autre.

Oui, mais quand même, cela donne parfois de drôles de choses, ta roue.

Des fantaisies. Des fantaisies, disons… compréhensibles.

Publié dans les Cahiers Européens de l’Imaginaire, mars 2014.

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