Mafia et cuisine

Little Italy : plongez dans la culture d’un des quartiers de New-York les plus colorés, apprenez l’histoire de la mafia et goûtez à la meilleure cuisine italienne ! Visitez les lieux de tournage des films les plus emblématiques, Le Parrain, Les Affranchis, et beaucoup d’autres ! proposent les opérateurs de Manhattan. Inclus les dégustations de pizza et la visite de dépôts de whiskey de contrebande.

400px-New_York._Little_ItalyOn doit au cinéma le lien entre fascination pour la mafia et attrait pour la cuisine à l’italienne : il n’est pas un film sur la mafia (notamment Le Parrain de Coppola, Les Affranchis de Scorsese) qui ne mette en scène le goût des mafiosi pour la bonne chère.

C’est d’abord l’archétype occidental, biblique : la Cène. Ensuite, ces films racontent, comme lors d’un repas, une histoire de famille. La communauté italo-américaine y trouve matière à replonger dans ses valeurs fondatrices, comme on humecte un croûton dans une sauce. Les bandits, descendants d’émigrés, ont toujours exalté le mythe du Mezzogiorno des origines.

Il y a la mamma, la nonna, mais les mâles ne sont pas les derniers à mettre la main à la pâte. Chez Coppola, on cuisine entre hommes les polpette sauce tomate à la Peter Clemenza (astuce : du sucre et une rasade de vin). C’est en prison que les frères Lucchese (Les Affranchis) préparent leur spécialité à base de veau, bœuf, porc et oignons. Moyennant quelques ham and cheese sandwiches aux agents de l’administration pénitentiaire, ils s’y font livrer pain, poivre, salami, prosciutto, et même whiskey et homard. Une brigade de cuisine a quelque chose d’une fratellanza mafieuse !

La table est le lieu de l’amicizia, mais pas nécessairement de la confidenza. Les hommes d’honneur se retrouvent autour d’un banquet. On pactise, on négocie. On tue, aussi. Ne confondez pas l’amico (ami de la famille) et l’amico nostro (étranger membre d’une organisation mafieuse). S’il est vrai que le compagnon, c’est le cum panis, avec qui partager le pain, il n’en existe pas moins un rapport obscur entre cuisine et violence : voyez la scène du meurtre de Solozzo dans Le Parrain (rendez-vous chez Mario’s, 2342 Arthur avenue, Little Italy – pas celle de Manhattan, celle du Bronx. On peut aujourd’hui encore y entendre les nonne parler le dialecte dans les arrière-boutiques). Ou la découpe de l’ail sur le fil du rasoir dans Les Affranchis, entre finesse culinaire et meurtrière.

La table est le lieu de l’amicizia, mais pas nécessairement de la confidenza.

La diète méditerranéenne (la triade : huile d’olive, pain, vin) n’est pas qu’un célèbre programme nutritionnel. La diaeta latine, du grec díaita, manière de vivre, est un style de vie au sens large, un « savoir-vivre », qui mêle gracieusement un savoir-faire hérité du passé et un art de vivre au présent. L’ethos italo-américaine se distingue radicalement de son équivalent white anglo-saxon protestant par le soin porté à la vie bonne, à défaut d’une vie vertueuse. Gira diment ?[1] C’est en cela pourtant qu’il nous fascine.


[1] « Tu es fou ? »

Publié en mars 2013 dans les Cahiers Européens de l’Imaginaire.

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